Les Liaisons dangereuses : le titre

 
Les Liaisons dangereuses
ou lettres recueillies dans une société et publiées
pour l’instruction de quelques autres
Quel horizon d’attente ?  

     Selon le
Littré, le terme « liaisons » au pluriel désigne d’abord  les
accointances c’est à dire les relations sociales en général
, désignées
par le terme « commerce »,  mais aussi les relations entre deux
personnes de sexe différent, c’est à dire les relations amoureuses,
sens
qui est attesté déjà en 1768 (or le roman de Laclos date de 1782). Le roman
de Laclos participe de ces deux sens. En effet, les différentes relations
épistolaires évoquent à la fois les relations sociales entre les personnages
: par exemple Mme de Volanges correspond avec Mme de Rosemonde pour lui donner des nouvelles
de la santé de Mme de Tourvel, mais aussi les relations amoureuses : la
totalité des lettres de Cécile et Danceny, celles de Valmont à Mme de Tourvel… 

    L’adjectif  » dangereuses » interpelle sur les
conséquences de ces relations,
qu’elles soient sociales ou amoureuses. En
effet, toute relation peut devenir dangereuse. Ainsi lorsque Mme de Volanges
écrit à Mme de Tourvel pour la mettre en garde contre Valmont, elle ne ne
pense pas se mettre en danger, pourtant, Valmont réussira à obtenir cette
lettre et il se vengera en devenant l’amant de Cécile ; de même, certaines
lettres de Mme de Merteuil seront rendues publiques, elle sera démasquée et
mise au ban de la société. Par ailleurs, au-delà de la relation épistolaire,
toute relation avec autrui est dangereuse. Tout à fait innocemment, Cécile se
confie à Mme de Merteuil et lui demande conseil, elle tombera dans le piège de
cette dernière qui a pour seul but de la dépraver pour se venger de son ancien
amant Gercourt.
 
     Toujours selon Littré, les liaisons
dangereuses sont des relations contractées imprudemment avec des hommes ou des
femmes dangereuses.
Le roman de Laclos privilégie ce sens. En effet,
Cécile, Mme de Tourvel n’ont pas su mesurer les conséquences de leur relation
avec Valmont ; Danceny ne s’est pas rendu compte qu’il était  manipulé
par Mme de Merteuil, devenue sa maîtresse ; Valmont lui-même a cru, à tort,
que Mme de Merteuil redeviendrait sa maîtresse et il paie fort cher cette
erreur de discernement. Aucune relation amoureuse dans le roman n’est sereine et
harmonieuse : la seule qui aurait pu l’être, celle entre Cécile et Danceny,
est détruite.

      Aussi, le lecteur, au regard de ce
titre, connaît-il le thème dominant du roman qu’il va lire à savoir les
relations sociales et / ou amoureuses entre les différents personnages.
 

Un
but didactique revendiqué
        Le sous-titre éclaire le lecteur
sur le type de texte
: il s’agit de lettres ; on indique leur origine, mais
de manière très vague, « dans une société », ce qui ne peut
qu’attiser la curiosité du lecteur : de quelle société est-il question ? Mais
pour autant rien ne laisse supposer qu’il s’agit d’un roman puisque l’origine
des lettres est revendiquée et tout est mis en œuvre (l’éditeur, le
rédacteur) pour faire croire à de lettres réelles  privées. Enfin, on apprend le but moral de l’ouvrage : la
publication de ces lettres relève d’une intention édificatrice. 
      Le titre initialement prévu par
Laclos était Le Danger des liaisons, titre qui mettait davantage
l’accent sur le but didactique, comme le suggère la majuscule au terme
« Danger ». Le sous-titre est plus restrictif quant à la portée morale
de l’ouvrage  puisqu’elle ne concerne que « quelques autres », ce
qui laisse supposer que toutes les sociétés ne sont pas concernées ou que
l’ouvrage ne s’adresse qu’à un public restreint.
 
        Le but du roman de Laclos serait donc
de mettre en garde contre les pièges des relations sociales et amoureuses,
d’apprendre à se méfier d’autrui et à ne pas accorder sa confiance aveuglément,
ou tout simplement a-t-il voulu seulement atténuer la perversité évoquée
dans le titre.
 

La
justification du titre


   

     Dans le roman, à
plusieurs reprises, le titre est justifié :

    Mme de Tourvel présente Valmont comme  » un exemple
de plus du danger des liaisons « 
(lettre 22), pour elle, il n’y a aucun
doute que Valmont, si attentif à autrui et si généreux, n’est qu’une victime
de liaisons dangereuses. Mais Mme de Volanges, dans sa lettre réponse tente de
déciller le yeux de son amie : « Quand il ne serait, comme vous le dites,
qu’un exemple du danger des liaisons, en serait-il moins lui-même, une
liaison dangereuse »
(lettre 32) : Valmont peut être victime mais aussi
être dangereux.

    Mme de Merteuil (lettre 63), dénonce à Mme de Volanges la
relation épistolaire que sa fille entretient avec Danceny et la présente
comme « une liaison dangereuse » en ce sens qu’elle risque de
mettre en péril les projets de mariage de Cécile de Gercourt ; liaison
épistolaire dangereuse aussi pour Cécile et Danceny puisque une fois
découverte, elle met en péril leur relation amoureuse.

    Dans la dernière lettre du recueil, Mme de Volanges confie
à Mme de Rosemonde qu’elle a été la dupe de Mme de Merteuil : « Qui
pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule
liaison dangereuse
! et quelles peines ne s’éviterait-on point en y
réfléchissant davantage. » Elle prend conscience de son aveuglement et
veut mettre en garde contre les dangers des relations sociales et amoureuses :
« Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d’un séducteur ? Quelle
mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne parler à sa fille
? »
Source : cours et travaux d’Elisabeth Kennel.

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