1. Les origines de la poésie française
Composés de « laisses », couplets de décasyllabes, et présentant une
simple assonance en fin de vers, elles étaient chantées par des
troubadours ou trouvères. Elles illustrent la poésie épique en célébrant les exploits de Charlemagne : Chanson de Roland (XIe siècle), Huon de Bordeaux, Charroi de Nîmes (XIIe siècle)… A cette tradition peuvent être rattachées quelques épopées ultérieures telles que La Franciade (Ronsard, 1572), et La Henriade (Voltaire, 1728).
Les premières voix lyriques se font entendre peu après. Cette poésie gagne le nord de la France et devient la poésie des trouvères. Le lyrisme se développe alors de Rutebeuf à Villon.
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| François Villon |
Pauvre sens [esprit] et pauvre mémoire
M’a donné Dieu, le roi de la gloire
et pauvre rente,
Hé Dieu ! si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes mœurs dédié
J’aurais maison et couche molle
Au XVIe siècle s’épanouit d’abord la poésie de cour avec Marguerite de Navarre (L’Heptaméron), galante sans pruderie, et Clément Marot (Epîtres, Ballades, Rondeaux), épicurien et malicieux. Clément Marot est habile dans les jeux savants mais fait aussi entendre, comme Villon, une voix personnelle et invente des formes poétiques nouvelles. Louise Labé (1524-1566) affirme dans ses Sonnets le droit des femmes d’aimer et d’y prendre du plaisir :
Tout à un coup je ris et je larmoye
Et en plaisir maint grief tourment j’endure
Mon bien s’en va, et a jamais il dure
Tout en un coup je seiche et je verdoye.
Je dispense, dit-il, du droit contre le droit ;
Celui que j’ai donné, quand le Ciel le voudroit,
Ne peut être sauvé ; j’autorise le vice,
Je fais le fait non fait, de justice injustice.
Admirateurs du poète grec Pindare, des poètes latins Horace, Virgile, Ovide, et des poètes italiens alors à la mode (Dante, Pétrarque), Ronsard (1524-1585), Du Bellay (1522-1560) et quelques autres constituent un cénacle : la Pléiade et se donnent pour mission de rendre la langue française propre à l’expression artistique.
Ils l’épurent d’archaïsmes, d’emprunts aux dialectes régionaux, de termes de métiers, préconisent la création de mots nouveaux, de métaphores, de périphrases, pratiquent une prosodie plus rigoureuse et annoncent le Classicisme en se mettant à l’école des Anciens (Du Bellay, Défense et illustration de la langue française, 1549)
Les Regrets (Du Bellay, 1558) et Les Amours (Ronsard, 1552-1556) célèbrent, en référence à la mythologie, les thèmes lyriques qui nourriront désormais la poésie : sentiment de la nature, passion amoureuse, fuite du temps… :
Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame
Las ! Le temps, non, mais nous nous en allons
Et tôt serons étendus sous la lame ;
Et des amours desquelles nous parlons
Quand nous serons morts, n’en sera plus nouvelle ;
Pour ce aimez-moi cependant qu’être belle.
(Ronsard, Imité de Marulle, 1571)



